Conférence Les Ymagiers - Claire Rousseau « Enluminer l’amour au XIXe siècle. Le livre d’Heures peint par Adélaïde Louise d’Eckmühl pour le prince de Joinville »
Tuileries, 5 février 1842. Comme à chaque bal, les regards se tournent vers celle qui vient d’entrer dans la salle : Adélaïde Louise d’Eckmühl, comtesse de Blocqueville. Tous les regards ? Celui du prince de Joinville fait cruellement défaut, au point que la jeune femme songe à se tuer avec le poignard qu’elle porte à la ceinture. Quelques mois plus tard, elle dépose ses pinceaux, ayant achevé la réalisation d’un livre d’Heures pour l’élu de son cœur qui la déçoit tant. Les décors réalisés sur les folios sont tantôt empruntés aux manuscrits du xve siècle de la Bibliothèque royale, tantôt inventés pour mieux dépeindre les campagnes maritimes du prince de Joinville et enfouir au milieu des prières l’histoire de leur relation d’amour. Ornés, les feuillets sont alors confiés à la maison Gruel pour être enchâssés dans une reliure en bois sculpté dessinée par Michel Liénard, ornemaniste au service du roi.
Inédit, ce manuscrit a été révélé au public à Toulouse en 2026, dans le cadre des « 400 ans de la Marine nationale » (Archives des Dominicains de la Province de Toulouse, Ms 1861.1). Par sa datation, il s’offre comme l’un des premiers témoins sous la monarchie de Juillet d’une pratique de l’enluminure glissant de l’atelier professionnel à la sphère privée. Précurseur des livres à enluminer que les grands éditeurs tels Curmer et Gruel-Engelmann diffusèrent dans les milieux aisés, il témoigne de l’intérêt porté aux manuscrits médiévaux et du désir d’appropriation des missels par une personnalisation accrue. La majeure partie de ces ouvrages peints au xixe siècle étant en mains privées, l’étude pionnière conduite en binôme avec Lorenzo Carras-Pugibet, doctorant et chercheur associé de la BnF, n’en est qu’à ses débuts. Elle interroge une pratique renouvelée de l’art de l’enluminure, concomitante de la naissance de la chromolithographie, mais ignorée des champs de la recherche.
À propos de Claire Rousseau
Auteure d’une thèse de doctorat consacrée aux représentations de l’ordre des Prêcheurs dans l’estampe française et flamande au xviie siècle, Claire Rousseau est membre de l’Institutum Historicum Ordinis Praedicatorum (Rome). À Toulouse, elle gère les collections de la Maison Seilhan, lieu de fondation de l’ordre dominicain, et veille sur les archives de la Province de Toulouse. De nombreux articles d’ouvrages et de revues scientifiques présentent sa recherche sur l’iconographie dominicaine. Avec Isabelle Séruzier, elle cherche également à valoriser le fonds des images de dévotion de la Bibliothèque du Saulchoir (Paris). En 2026, elle a publié, en collaboration avec Lorenzo Carras-Pugibet, Enluminer l’amour. Le manuscrit secret. Adélaïde Louise d’Eckmühl – Prince de Joinville – Henri-Dominique Lacordaire.
À propos des Ymagiers
Fondé en 1972 à l’initiative du Père dominicain Philippe-Martin Hubert (1908-1976), le groupe des « Ymagiers » se proposait à l’origine de réunir « de temps à autre » les quelques chercheurs qui, au CNRS, à l’Université et dans les métiers de la conservation, s’intéressaient à « l’étude des documents non écrits ».
D’abord « amicales et informelles », ces réunions prirent un tour plus institutionnel à partir de 1976, lorsqu’elles bénéficièrent de l’hospitalité de l’IRHT. Sous l’impulsion de Gaston Duchet-Suchaux puis de Michel Pastoureau, elles se spécialisèrent dans les questions d’iconographie médiévale et contribuèrent à mieux faire connaître cette discipline. À partir de 1999, une nouvelle équipe, animée par Claudia Rabel et Patricia Stirnemann, ouvrit plus largement les séances, notamment vers le public étudiant, et leur donna une assise et une périodicité plus stables. Désormais les « Ymagiers » se réunissent cinq fois par an, d’octobre à juin, à l'École du Louvre, amphithéâtre Dürer (Palais du Louvre, place du Carroussel, porte Jaujard, 75001 Paris), pour entendre un orateur parler de ses recherches récentes ou en cours. L’exposé est suivi d’une discussion générale.
Informations pratiques
Lundi 19 octobre, 17h30-19h30
École du Louvre, amphithéâtre Goya
En présentiel (inscription avant le vendredi 16 octobre, 17h) ou en distanciel (lien à venir)